Être une mère optimiste
Drôle de période que nous vivons.
Des services publics - l'école, la santé - dont la dégradation s'accélère.
La fascisation des sociétés occidentales.
Le génocide palestinien.
Le détroit d'Ormuz.
Le durcissement contre les droits LGBTQIA+ en Afrique.
Les violences sexistes et sexuelles, scandale après scandale.
L'inflation, la shrinkflation, qui nous asphyxient.
35 °C en mai.
Parfois je doute. Parfois je regrette d'avoir mis des enfants au monde, dans ce monde.
Comment prendre soin d'eux ? Comment les aider à se projeter de façon positive dans l'avenir ? Comment en faire des personnes qui ont la joie de vivre ? Leur apprendre à tenir devant ce qui vient, et leur transmettre malgré tout qu'ils ont une puissance d'agir ? Comment me ressourcer, moi, femme, mère, sœur, tante, amie, dans ce vacarme anxiogène ? Comment garder mon optimisme, ne pas me résigner ?
Parfois l'anxiété me submerge, et je me dis qu'il vaudrait mieux partir, ailleurs, pour les protéger. Mais où est cet ailleurs idéal, fantasmé ?
Je pense beaucoup à ma grand-mère et à ma mère, ces temps-ci. L'une a perdu son mari alors qu'elle avait encore plusieurs enfants à charge – agricultrice, sans soutien véritable de la famille élargie. L'autre a visé la lune pour ses enfants, malgré les violences conjugales et économiques. Des femmes redoutables et d'une générosité immense, forgées par l'adversité, en dépit des larmes, des doutes, des déceptions, de l'épuisement parfois. Et autour d'elles, des voisines, des sœurs, des amies; des compagnes de route.
La force se trouve dans le collectif : trouvez vos alliées de vie. Celles qui vous relèvent quand vous tombez, qui vous aident à créer les conditions pour reprendre souffle avant de repartir. Celles devant qui vous n'avez pas à faire semblant. Celles qui vous rappellent de prendre soin de vous, car une source qu'on ne réalimente pas finit par se tarir…
Ma grand-mère, ma mère n'avaient pas moins de raisons de désespérer que moi. Si elles ont pu choisir de ne pas le faire, c'est aussi qu'elles ont eu de la chance, et qu'elles ont su, avec l'expérience, choisir leur entourage avec soin. Toutes n'ont pas cette possibilité.
Maya Angelou disait que l'écriture ne tombe pas du ciel : on s'assoit, on écrit même quand rien ne vient, et la muse, convaincue qu'on est sérieuse, finit par venir. Peut-être l'optimisme - qui n’est ni garanti, ni définitif, ni également partagé - peut-il s’aborder de la même façon : non comme un état qu'on possède, mais comme une pratique qu'on entretient. Et rappelons-le : certains désespoirs sont une maladie qui demande des soins, pas un manque de volonté. On ne se relève pas toujours par la seule décision de se relever.
Mais ce qu'on ne peut - ou ne veut – pas endurer seule, le collectif, lui, peut aider à le traverser. C'est peut-être de cette façon que l'optimisme se travaille : ensemble, jour après jour.