« J'ai 26 ans et je ne suis jamais allée chez un gynécologue. Est-ce que c'est grave ? »

Kimberlay, est sage femme en Ile de France

Jeune femme noire, allongée en train de lire sur un tapis.

Je commence par le principal : votre corps vous appartient, et vous restez la seule à décider de ce que vous en faites.

Beaucoup de femmes se posent cette question la boule au ventre, persuadées d'avoir « mal fait ». Vous n'avez rien fait de mal, et vous n'avez pas à avoir honte.

Si on n'y va pas, il y a presque toujours une raison, et elle vient rarement de nous : les délais s'étirent, dépassements d'honoraires... Le souvenir ou la crainte d'une consultation où on ne nous a pas crues, ou bien où un geste est arrivé sans explication.

Si ça vous parle, ce ressenti est entendu, et il n'enlève rien à votre droit d'être bien accompagnée aujourd'hui. Ce droit vous appartient, même si vous choisissez de ne pas l'exercer maintenant. Mon rôle s'arrête à vous donner les informations, pour que la décision soit vraiment la vôtre.

Ce suivi sert à repérer une anomalie tôt, avant qu'elle ne devienne un vrai problème. Et pour nous, c'est encore plus vrai : quand la douleur des femmes noires est plus souvent minimisée, les diagnostics arrivent parfois trop tard. Se faire suivre, c'est une façon de reprendre un peu la main.

L'exemple le plus parlant, le dépistage du cancer du col de l'utérus, recommandé pour toutes les femmes de 25 à 65 ans. En France, ce cancer touche près de 3 000 femmes par an et en emporte environ 1 100.

Or on estime qu'il pourrait être évité dans plus de 9 cas sur 10 grâce au dépistage, parce qu'une lésion met dix à vingt ans avant d'évoluer.

C'est l'un des rares cancers qu'on peut presque entièrement empêcher, à condition de se faire suivre. Voilà pourquoi je vous encourage à ne pas repousser ce rendez-vous indéfiniment.

Concrètement, ce prélèvement, le frottis, prend moins d'une minute.

On place un petit instrument (le spéculum) pour bien voir le col, puis on passe une petite brosse pour recueillir quelques cellules.

Ce n'est pas douloureux, même si ce n'est pas le moment le plus agréable, et c'est remboursé à 100 %.

L'argent ne doit donc jamais être une raison d'y renoncer.

Bonne nouvelle : vous n'êtes pas obligée de voir un ou une gynécologue pour ça, et vous avez des portes d'entrée souvent plus simples.

Une sage-femme peut assurer tout votre suivi de prévention, et vous pouvez prendre rendez-vous directement avec elle, sans passer par un médecin.

Votre médecin traitant peut le faire aussi. Et il existe dans chaque département des centres de planification et d'éducation familiale, souvent gratuits et parfois sans rendez-vous, où l'on vous reçoit sans jugement.

Maintenant, comment faire pour que ce premier rendez-vous se passe bien ? Voici ce que je conseille souvent à mes patientes.

Au moment de réserver, dites simplement que c'est votre première consultation gynéco : une bonne soignante prévoira alors plus de temps pour vous.

Vous pouvez demander une femme, ou chercher quelqu'un habitué à recevoir des femmes noires et à l'écoute de ce qu'on vit, ça change tout.

Venez accompagnée d'une personne de confiance si ça vous rassure, et notez vos questions à l'avance, même sur votre téléphone, pour ne rien oublier une fois sur place.

Et surtout, gardez une chose en tête : rien ne doit se faire sans votre accord. C'est ça, le consentement, et ce n'est pas une simple formalité. Vous pouvez demander qu'on vous explique chaque geste avant qu'il ait lieu, vous déshabiller à votre rythme, poser vos questions à tout moment, et dire « attendez » ou « stop » quand vous le voulez, sans avoir à vous justifier.

Si vous ne vous sentez pas prête pour l'examen le jour même, c'est votre droit : vous pouvez venir une première fois juste pour parler, et faire le prélèvement une autre fois. Une soignante qui vous respecte n'insistera jamais, et si vous sentez que votre gêne ou votre douleur est balayée, vous pouvez le dire et tout arrêter.

Ce rendez-vous, c'est d'ailleurs bien plus qu'un dépistage. Si vous avez une vie sexuelle, c'est le moment d'aborder la contraception, ou de faire un test des infections sexuellement transmissibles.

Et si vous avez des règles très douloureuses, des questions sur votre corps ou votre fertilité, un inconfort dont vous n'osez parler à personne, c'est exactement l'espace fait pour ça.

Enfin, si vous avez déjà vécu une consultation où vous ne vous êtes pas sentie respectée ou crue, ce n'était pas normal, et ce n'était pas de votre faute.

Vous avez le droit de changer de soignante autant de fois qu'il le faudra, jusqu'à trouver la bonne personne, celle avec qui vous vous sentez en confiance et considérée. Prenez ce rendez-vous dès que vous vous sentez prête, sans trop tarder quand même.

C'est un vrai geste de soin envers vous-même, et c'est très souvent bien moins impressionnant qu'on ne l'imagine.

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