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  • Tsippora

Dans la famille 'femme sans enfants', j'appelle ... Nola Darling

Mis à jour : 12 déc. 2019


30 ans après son film éponyme (sorti en 1986), Spike Lee revient avec She's got to have it, une série de deux saisons.

On y voit même l'apparition de l'ancienne Nola Darling (Tracy Camilla Johns). Source : Netflix

Nola Darling n’en fait qu’à sa tête (She’s gotta have it, en VO), est une série, comédie de mœurs située à Brooklyn qui brosse le portrait d’une jeune femme brillante, curieuse et anticonformiste : Nola Darling. C'est une slasheuse : artiste / peintre / afro-américaine engagée / intellectuelle / sans enfants, une vrai touche-à-tout.


Alors ... lorsque j'ai commencé la série, je me suis dit : "wouhaou, cette Nola Darling (jouée par DeWanda Wise) de 27 ans est entière, fraîche, forte, une artiste qui se fout des injonctions sociales, une blackgirlmagic de Brooklyn qui 'slay' quoi ! " (petit claquement de doigt s'il vous plaît)


Mais au-delà de l'effet wouhaou, cette série parle de tellement de sujets de fonds (peut être même beaucoup trop) : féminisme, liberté sexuelle, gentrification, appropriation culturelle, psychothérapie chez les noirs, brutalités policières et même un hommage à Prince.


Bref j'ai adoré que Spike Lee mette en exergue plusieurs thématiques. Dans cet article, j'en ai fait ressortir quelques-unes qui explique en partie pourquoi notre héroïne n'a pas d'enfants.


Etre noire et polyamoureuse (ou non-monogame)

En tant que femme noire Taureau (n.d.l.r : signe astrologique de personnes qui ne s'engagent pas) Nola ne suit aucun schéma pré-établi dans ses relations amoureuses. Elle "date comme un mec". Elle ne veut pas être une femme objet et elle contrôle sa vie sexuelle.

Elle sort avec 3 hommes puis 1 femme sans qu'aucun n'ait l'exclusivité.

J'ai aimé le fait que dans la série on ne dépeigne pas une fille non-monogame à l'enfance malheureuse ou sans père. Au contraire, Nola est très bien entourée de ses parents artistes et de ses amies.

Source : Netflix

Chacun de ses partenaires est totalement différent.

  • Jamie travaille à Wall Street, marié à une blanche, 1 enfant. C'est le monogame, gentleman et sérieux.

  • Greer est photographe, fils d'un black panther et d'une française. C'est le coureur de jupon, narcissique.

  • Mars est métisse porto-ricain et ne sait pas vraiment quoi faire de sa vie. Il est fan de sneakers, plutôt drôle et attachant.

Les trois hommes tentent dans la saison 1 de la rendre monogame et demande à ce qu'elle choisisse l'un d'entre eux mais elle finira par choisir Opal : mère seule avec un enfant.


J'ai pu lire que pour certaines femmes cette idée de "dater comme un homme" est mal placée et tout bonnement pensée par un réalisateur homme. D'après elles, cette idée de libération sexuelle des femmes ne doit pas être comparée à la manière dont les hommes sortent avec les femmes. Dater comme un homme voudrait il dire que la façon dont les hommes entreprennent leurs relations est supérieure ?

Selon les normes communes, sortir avec un homme signifie que vous agissez de façon irresponsable sans prendre en compte les émotions des gens qui se sont rendus vulnérables à votre égard.


Gentrification

Source : USA Today

Nous sommes dans le Brooklyn des années 2017. Victime de la gentrification de leur quartier les parents de Nola qui ont toujours vécus à Fort Green depuis des décennies luttent afin de ne pas être expulsés.

Ses parents eux-mêmes artistes ont toujours réussi à vivre dans leur appartement en vivant une vie paisible.

La gentrification d'après le Larousse est une : "Tendance à l’embourgeoisement d’un quartier populaire".

C'est un phénomène dont on entend beaucoup parler même à Paris et qui touche pas mal de quartiers populaires. Voici une citation un peu cynique d'un humoriste afro-américain Cyrus McQueen : "A Brooklyn, tu sais que ton quartier s’est gentrifié quand tu descends du métro et qu’il y a encore des blancs dans le wagon."


Psychothérapie chez les noires

Source : Netflix

Nous savons que les maladies mentales sont très peu abordées au sein des communautés noires.

En regardant cette série on se dit que Nola est une femme forte, qui sait ce qu'elle veut et qui se connaît. Cependant, après s'être fait violemment attaquée par un détracteur dans la rue, Nola est suivie par une thérapeute noire afin de surpasser cet événement. (A noter que dans le film, Nola se faisait violer. La version 2017 est moins violente.)

C'est une amie à elle qui l'a pousse à aller voir un thérapeute. Elle préfère se rendre chez une guérisseuse Yoruba et une liseuse de carte avant de prendre un premier rendez-vous avec le Dr. Jamison.

Lors des premières séances Nola ne joue pas le jeu, elle s'ouvrira au fur et à mesure des épisodes mais l'on sent bien qu'elle a elle aussi plusieurs a priori quant à la psychothérapie.


Crise identitaire

L'enfant de Jamie qui est métisse est lui aussi confronté à une crise identitaire. Il se retrouve à faire une vidéo dans laquelle avec ses camarades d'école blancs (en blackface) ils rappent en utilisant à tir la volée le 'N word' face à la caméra et ce, pour prouver sa négritude.


Mal être dans son corps

Une des amies de Nola, Shemekka travaille dans un club et souhaiterait avoir des fesses pulpeuses notamment pour enfin faire partie du groupe de danseuses du club.

Ses amies, dont Nola, ne l'appuie pas dans son choix, elles pensent qu' elle ne devrait pas suivre les standards de beauté dictés par la société et plutôt s'assumer.

Elle se laisse pourtant tenter et reçoit des injections dans le fessiers. Tout cela se passe dans des conditions d'hygiènes des plus déplorables, dans une chambre d'hôtel. Suite à cela, elle devient finalement danseuse mais malheureusement le liquide éclate alors qu'elle retombe sur ses fesses en pleine chorégraphie devant son public.

Lors de cette scène j'étais entre rires et larmes de tristesse, à la limite de la farce et du drame.


Inconscience des Afro-descendants britanniques

Dans un des épisodes de la saison 2, Nola qui s'entiche d'Olumide un afro-britannique, lui fait comprendre qu'il n'est pas conscients du colonialisme et serait même atteint du syndrome de Stockholm.

Elle ajoute par ailleurs, que les acteurs afro-britanniques doivent cesser de 'prendre' leurs rôles.

D'ailleurs, qui se souvient des propos de Samuel L. Jackson selon qui il aurait été préférable d'avoir un acteur afro-américain dans le film Get Out car il traite des questions de races en Amérique et non au Royaume-Uni.

Cette scène a bien évidemment été critiqué par plusieurs téléspectateurs.

Traduction : "Arrête avec ses conneries ! Vous avez le syndrome de Stockholm et vous êtes tombés amoureux de vos ravisseurs."

Traduction : "le fait est que je suis d'accord avec mon frère Samuel L. Jackson. Vous, les gens de Londres, vous devez vous replier et vous éloigner de nos rôles."

Traduction : "Genre, on a plusieurs super acteurs talentueux, formés et qualifiés ici aux Etats-Unis. Et à la fin les noirs britanniques se révèlent juste moins chères."

Sur cette note quelque peu amère, je vous laisse mûrir votre réflexion :)

J'espère que vous avez apprécié la lecture. N'hésitez pas à commenter !


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