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  • Tsippora

Malheur ! Je suis noire et je ne veux pas d'enfants.

Le non-désir d'enfants, encore un tabou au sein des communautés afropéenes.


Dans des sociétés où l'infertilité et les grossesses tardives sont devenus des sujets d'actualités. Il existe aussi des femmes qui ne souhaitent pas avoir d'enfants. Aux Etats-Unis, elles se font appeler les Childfree.

En France, la part de la population qui ne souhaite pas avoir d’enfant demeure très faible, de l’ordre de 5 % : 4,4 % chez les femmes et 6,8 % chez les hommes, selon une enquête de l’Ined de 2010. Autour de 5 % pour les moins de 25 ans, le taux diminue à 2,5 % chez les 30-34 ans et remonte à 7 % pour les 40-49 ans.

Donc, la France est un des pays européen au fort taux de natalité et de fertilité.

Des childfree, il n'en court pas les rues ! 🏃🏾‍♀️ 🏃🏾‍♀️ 🏃🏾‍♀️


Dans la plupart des communautés africaines l'incapacité de donner naissance à un enfant est sujet à la critique sociale. J'ai souvent entendu mes parents parler de tantes qui n'arrivaient pas à avoir d'enfants. Les conséquences se traduisaient par des divorces voire même l'arrivée d'une co-épouse (Gosh 😱). 


Afropéene, je sais que dire ouvertement à sa famille qu'on ne veut pas d'enfant est tabou voir choquant !


Face à ce choix voici les arguments que l'on peut entendre :

«Mais c'est par égoïsme que tu fais ça ! Une femme, de surcroît afro-descendante ne peut pas rester sans enfant par choix. »

On résume souvent cela par de l'égoïsme. Pourquoi ?

Parce que pour beaucoup ne pas vouloir d'enfants s'explique par une volonté de rester seule et autonome, libre de ses mouvements et consacrer son temps à soi et ne pas le sacrifier pour des enfants. 

Pour ma part, je pourrais leur demander si avoir des enfants est bel et bien un acte généreux ? 

Le terme donner le vie nous le fait croire mais en réalité n'est ce pas de l'égoïsme que de mettre un être au monde pour ne pas être seule, lui transmettre ses gênes, lui inculquer ses valeurs ?

On peut ne pas vouloir d'enfant et être hyper généreuse avec ses frères et sœurs, neveux et nièces, amis, collègues, jeunes collaborateurs au travail, stagiaires … S'il y a peur de non-transmission cette transmission peut être faite auprès d'autres personnes et pas forcément une personne issue de sa chair.

Le non désir d'enfants est un désir, un choix et celui d'en avoir, en reste un aussi.


«Tu dois fonder ta famille voyons, tu ne vas pas mourir seule ! »

Moi : J'ai une famille. Je suis née au sein d'une famille avec des parents des frères et soeurs.

Mon interlocuteur : Oui mais non, je veux dire avoir ta propre famille.

Moi : Mais c'est ma famille bon dieu. Elle me suffit. J'ai ma vision de la famille, tu as la tienne, respectes-la.


Quand on est issue d’une double culture franco-africaine, avoir des enfants coule de source. Ne pas en avoir est un problème de santé, une malédiction, mais cela ne peux s'expliquer par un non-désir. Cette question ne se posant même pas. 

Dans beaucoup d'ethnies africaines avoir des enfants était et reste encore aujourd'hui un moyen d'assurer son avenir et de ne pas mourir seule. Peut on transférer cela au sein des communautés afropéenes ?


«Nan mais c'est sûrement la peur de l'accouchement, des violences obstétricales qui explique tout ça ! »

La tokophobie en avez vous déjà entendu parler ?

La tokophobie est une forme de phobie dépressive liée à  la crainte de la douleur et de la mort. Dans l'imaginaire des personnes atteintes de tokophobie, l’accouchement se passera mal, elles vont trop souffrir ou l'idée d'en mourir devient une obsession.

A la lecture de cette définition, je l'affirme haut et fort : non je ne suis pas atteinte de tokophobie, je veux juste rester sans enfant, pas d'excuse scientifique !


« En tant qu'africaine tu dois avoir un enfant car nos enfants meurent déjà beaucoup. Le combat racial prime sur ton pseudo #afroféminisme, #mybodymychoice. »

Aux USA, avoir un enfant noir est un devoir car beaucoup trop d'enfants meurent.

En 1968, voici une déclaration du Black Unity Party : “The Brothers are calling on the Sisters to not take the pill… To take the pill means that we are contributing to our own GENOCIDE… When we produce children, we are aiding in the REVOLUTION in the form of NATION building.”

Beaucoup d'hommes noirs étaient alors contre toute forme de contraception. Et par conséquent contre ce désir de non-enfant.

Cet argument a été de nouveau utilisé notamment avec l'arrivée du mouvement #BlackLivesMatter.


Pour ma part, je trouve cet argument ridicule. Je veux être libre d'avoir ou ne pas avoir d'enfant.

Je peux être une citoyenne active en m'engageant dans des associations, luttes, manifestations de ma communauté. Il y a d'autres moyens de contribuer au combat raciale.

Et enfin, je dis stop au patriarcat. Dans tous combat j'estime que doit être inclus la liberté des femmes en matière de procréation.


« Mais t'en connais toi d'autres femmes noires qui ne veulent pas d'enfants ? Non, ben t'es trop bizarre !»

Malheureusement en France il manque énormément d'articles et témoignages sur les childfree noires. J'ai trouvé quelques articles outre-atlantique notamment ceux du Dr Kimya N.Dennis, Sociologue et Criminologue. Il y a 5 ans, alors quelle même décide qu'elle n'aura pas d'enfant elle se rend compte que tout au long de ses recherches personnelles sur le sujet aucune ressource ne parlaient des childfree noires. C'est alors qu'en tant que sociologue elle a commencé à faire des interviews et des enquêtes.


Appel à témoignages

Aujourd'hui, je suis à la recherche de témoignages de femmes noires vivant en France et partageant ce non-désir d'enfant.


Ressens-tu la pression de tes proches pour avoir un enfant alors que tu n'en veux pas ?

Dis moi tout !!! Je veux l'entendre !

#nondesirdenfant #childfree #maternitenoire #tantquejeserainoire

Tant que je serai Noire